L’Epoque est à la presse magazine. Par XD.
La consommation média évolue, et la presse magazine tire son épingle de ce nouveau jeu.
24 mars 2008 (12:43)

Tout d’abord en volume d’audience, puisque loin de baisser, l’audience de la presse magazine gagne 1,2 points sur 6 mois , progression largement soutenue par  une hausse de la diffusion OJD sur 2007. Mais surtout  les nouveaux modes de consommation sont favorables à la presse magazine.

Pendant 50 ans, le modèle croissant de la consommation des médias était de type « One - Up - O’Clock ». Entendons « One to Many » c’est à dire un émetteur unique s’adressant au  plus grand nombre indifférencié. Le règne de la course à l’audience. Mais aussi « Up to Down » c’est à dire une autorité morale ou plus simplement jouissant de l’aura que le média lui confère pour parler au simple citoyen que nous sommes. Enfin,   la précision « O’ Clock » qui vient  consacrer les grandes messes de l’info à  l’heure exacte du 13 heures ou du 20 heures, en une consommation synchrone et massifiante qui a souvent plu aux annonceurs, soucieux de leur GRP/ jour ou semaine, mais parfois lassé le citoyen, épris d’indépendance.

La presse a longtemps été en  marge de ce mouvement massifiant. Puissante,  elle participe du « One to Many » mais la concurrence entre les magazines crée  des affinités et des tribus de lecteurs rassemblés autour de « leurs » titres dressés comme des totems. De même, cette communauté a-t-elle permis d’accepter plus que partout ailleurs, l’autorité morale ou la compétence du directeur de la réaction, du chef de rubrique ou de l’éditorialiste. Cette légitimité reconnue est au cœur du contrat de lecture, d’autant plus que le lecteur utilise son droit de réponse si jamais l’auteur s’écarte de la ligne de conduite qui les lie.

Face aux  medias de flux tres « one up oclock », la presse peut affirmer plus que jamais le modele « atawad ». 

Enfin et surtout, la presse magazine n’est pas et ne sera jamais un média totalement synchrone : bien sûr, à chaque parution, dès la mise en vente, les acheteurs se pressent, et il n’est pas rare que 2/3 des ventes s’écoulent en 2 ou 3 jours. Bien sûr, la première lecture sera concentrée sur cette période,  mais le mode de vie individuel, les reprises en mains successives, cassent l’idée du temps de l’Angélus chère à Bruno Marzloff.  Le temps du lecteur remplace le temps du média. L’envie du lecteur domine le flux du média. Hier, un peu  isolée dans ce mode de communication, la presse magazine voit l’apport  du numérique lui donner raison aujourd’hui.

Le principe émergeant de la consommation média s’énonce  désormais « ATAWAD », pour « Any time / Any way/ Any Device » ou plus simplement « Quand je veux,  où je veux, comme je veux ». Il est bien sûr le fruit de réflexion des sociologues du web, car la numérisation redonne toute sa place à l’individu face aux médias audiovisuels classiques : écoute décalée dans le temps, multiplicité des modes d’accès facilitent une consommation nomade des médias.

La lecture de la presse notamment magazine,  est depuis toujours dans le registre du « Quand je veux, où je veux » et l’apport du numérique la rend totalement ATAWAD. On peut accéder aux contenus de presse de multiples façons, en live par le papier, par le pdf on line, avec ou sans Zinio, par des newsletters quotidiennes ou des alertes push qui accélèrent  la périodicité, échappent au temps et renforcent encore l’Any Time. Déjà certains titres utilisent le wap, démultipliant la portabilité légendaire mais trop souvent oubliée de la presse  magazine. Déjà selon TNS, 37% des français déclarent lire régulièrement la presse sur Internet… et paradoxalement plus on se connecte, plus on lit de presse.

La presse qui a affirmé seule la primauté de la personne dans les contacts médias pendant des décennies, se voit aujourd’hui confortée dans sa proclamation par le web et le numérique dans son ensemble qui revendiquent cette dimension individuelle, et le droit de chacun à s’informer de façon active et volontariste.

Et à coté du web, du numérique,  éphémères par essence,  la presse apporte aux marques, la pérennité du papier, le plaisir de l’objet, la force de l’image. Décidément, l’époque est à la presse magazine.

XD