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EXCLUSIF / Didier Quillot : « Le business model de la tablette est assez proche de celui de la presse »
Le Président de Lagardère Active prévoit que l’usage s’installera sur des magazines enrichis et vendus légèrement en dessous du prix de vente du papier. Pour lui, c’est un modèle vertueux, car la commission versée à Apple plus la TVA numérique ne sont pas très éloignés des coûts de distribution de la presse. Interview en duo avec Delphine Grison, directrice du marketing stratégique et du développement de Lagardère Active.
18 juin 2010 (12:33)

Magazines : Pourquoi  considérez-vous que les tablettes numériques sont une opportunité pour la presse ?

Didier Quillot : C’est une opportunité et une chance pour tous les groupes de médias et notamment pour la presse car c’est une triple rupture. Rupture pour le consommateur, pour les annonceurs et pour les métiers de la publicité et enfin pour les journalistes et plus largement, les groupes de presse. Il n’est pas question de s’emballer. Il va falloir bien regarder comment évoluent les usages et il faudra plusieurs mois avant de disposer d’une courbe d’expérience.

- Qu’est-ce que cela change pour le consommateur ?

D.Q. : La tablette est un hypermedia qui change la manière de consommer l’information en offrant à la fois du texte, du son, de la vidéo…de manière interactive et, si on le souhaite, en situation de mobilité. Avec une bonne taille d’écran, une ergonomie extrêmement riche basée sur la navigation tactile, une expérience de consommation ludique, une dimension plaisir…

- Le coût d’achat de l’iPad est assez élevé !

D.Q. : Pour le consommateur, il y a deux choses qui comptent : le prix d’acquisition et la valeur d’usage. Si l’on veut créer un marché de masse, il faudra qu’Apple consente à baisser ses prix mais on a pu juger de la performance de son marketing grand public lors du lancement l de l’iPhone. Je suis convaincu que l’usage viendra de l’adéquation du produit aux attentes du consommateur et que celle-ci se fera sur des magazines enrichis, par rapport à de simples PDF.

- Dès la sortie de l’iPad en France, vous étiez présents avec Paris Match et Elle à Table, quelle est la suite des événements ?

D.Q. : Nous avons en effet débuté avec deux numéros « découverte » portant sur des sujets intemporels, l’un pour Paris Match, l’autre pour Elle à table. Afin de faire connaître le produit, ces versions de démonstration sont gratuites, nous allons maintenant sortir les premiers numéros en conditions réelles et en version payante. Cela va se faire ces jours-ci pour Paris Match et en juillet pour Elle à Table.

- Ensuite quelle sera la périodicité ?

D.Q. : Elle sera au moins identique à celle du magazine, hebdo pour Paris Match et bimestrielle pour Elle à table. Et nous envisageons de sortir des hors-séries ou des éditions spéciales à chaque fois que l’actualité le justifie., car nous pouvons être très réactifs pour nos éditions sur tablettes !

- Et pour les autres titres ?

DQ : Dans un premier temps, nous allons observer les chiffres et regarder d’un point de vue qualitatif (à travers des focus groupes) comment se comporte le consommateur. Nous monterons ensuite en  puissance de façon progressive selon les familles de presse et selon les  titres. Nos avons choisi de travailler sur des versions numériques enrichies, en rupture par rapport au simple PDF et sur des numéros payants.

Delphine Grison : Nous pensons que le fait d’enrichir est important pour séduire  le consommateur et créer de la récurrence et de la fidélité.

- Justement quel est le business model ?

D.Q. : Il est assez proche de celui de la presse avec à la fois des revenus venant de la diffusion (ventes au n°, abonnements) et de la publicité. Une fois, les coûts de développement amortis, on est sur un modèle très vertueux. La commission versée à Apple ajoutée à la TVA numérique ne sont pas très éloignés des coûts de distribution du papier. Et si le prix de vente ne s’éloigne pas trop du prix de vente du papier, on est quasi structurellement à l’équilibre.

- Qu’est ce qui fait selon vous que le consommateur va accepter de payer, alors qu’il le fait très difficilement sur le net ?

D.Q. : Les choses qui ont de la valeur ont un prix. Sur la tablette, le consommateur achète un produit fini  et non désagrégé, une expérience et un moment de lecture. Il acquiert un produit et un contenu qui ont été spécifiquement travaillés pour le terminal  - et pas seulement dupliqué – et qu’il peut trouver ailleurs. Je suis fermement convaincu que les consommateurs sont prêts à payer pour des contenus de qualité. De plus, le fait qu’on soit dans un écosystème Apple c’est-à-dire dans un univers déjà payant, devrait faciliter cette démarche.

- Pour quelle raison comptez-vous proposer un prix inférieur à celui du papier ?

D.G. : Nous pensons que le consommateur s’attend à une différence de prix entre le papier et le numérique, car il intègre l’économie liée à la distribution physique, y compris l’impression et car, il la constate, dans les autres industries qui sont passées à une distribution numérique, dont le livre.

- L’iPad est sorti un peu avant aux Etats-Unis, avec l’appli Paris Match, pouvez-vous en tirer des enseignements ?

D.Q. : Aux Etats-Unis, l’ensemble des applications de presse sont payantes, tout comme elles le seront en France. Le lancement a été un succès auprès des consommateurs et bien entendu, on regarde ce qui s’y passe, même si les marchés ne sont pas les mêmes, les Etats-Unis ayant notamment une culture de l’abonnement. 

- Qu’en est-il des « discussions » avec Apple sur la grille tarifaire ?

D.G : Globalement la structure de prix telle qu’elle est proposée par Apple n’est adaptée à la presse qui a une granularité plus forte dans son pricing. Aujourd’hui, nous avons trois possibilités : à 0,79€, 1,59 € et 2,39 €. Et il existe d’autres paliers au-delà.

D.Q. : Nous souhaitons introduire davantage de paliers. Et nous allons justement en parler avec eux.

17/06/10