International, Quel groupe internationalise quels magazines ?
Tour d’horizon, éditeur par éditeur, des magazines diffusés sur le marché français qui franchissent les frontières, en partant de Paris ou d’ailleurs. C’est l’occasion de mieux entrer dans les pratiques, les philosophies, les recettes … des éditeurs. Le constat se résume en trois mots : vive la diversité !

Axel Springer France

Une seule marque internationalisée, Men’s Health , présente dans une quarantaine de pays. Considérant qu’un bon 60 % du contenu de Men’s Health peut être exporté, l’éditeur américain Rodale a mis un place un système très intégré pour tous les licenciés, qui ont accès à 20 ans de base de données textes et à la BDD photos (publiées ou non).

En six ans, la France est passé de 60 % à 30 % d’articles adaptés. De même, l’Allemagne ne traduit plus que 20 % de l’édition américaine. Des différences s’expriment donc entre les éditions française, anglaise, italienne et allemande. Et même si le principe de couverture est immuable - un homme en noir et blanc - chacun a sa recette. La France par exemple (ce qui n’est pas le cas de l’Allemagne), met en ” Une ” une célébrité.

Sur le plan publicitaire, Rodale a également renforcé sa structure internationale, ajoutant 6 ou 7 personnes à son staff basé en Italie.

Bayard Presse

L’exportation de Notre Temps a débuté par la Belgique en 1988, Si le concept est international, la marque ne l’est pas : Notre Temps est en effet devenu Plus en Belgique et aux Pays-bas, Lenz en Allemagne (dernier pays où il a été lancé, il y a 3 ans), Bel Age au Canada francophone et Good Times au Canada anglophone. Avec la Norvège et l’Angleterre, Notre temps est exporté dans 8 pays. ” Notre Temps a permis à Bayard, grâce à son ” know how ” sur le contenu et le marketing senior, d’être l’une des rares entreprises à son niveau de taille à s’internationaliser autant “, fait remarquer Maxime de Jenlis, DG Europe de Bayard. Ce savoir-faire est transposé dans des contenus rédactionnels à 98% locaux. La publicité est également commercialisée localement.

Par ailleurs, concernant ses titres jeunesse, Bayard les a installés en propre (là où il avait des filiales) ou a donné des licences (en Pologne, Finlande, Grèce…). En l’occurrence, le gros investissement se situant dans le choix des auteurs et la qualité des illustrations, les titres -Popi, Pomme d’Api, J’aime lire et Images doc - sont traduits tels quels dans la quinzaine de pays où ils sont internationalisés. Là encore, les marques différent parfois. Si le titre Popi a su s’imposer en Espagne et en Finlande, Pomme d’Api est devenu Pompoen au Pays-bas, Caracola en Espagne.

Condé Nast

Lancé en 1892 aux Etats-Unis, Vogue a investi l’Angleterre en 1916 puis la France en 1921. Il aura fallu ensuite attendre jusqu’en 1965 pour que se lance le Vogue Italie et que soient ainsi créées les quatre éditions les plus importantes. Sur les ” 115.000 exemplaires de diffusion totale du Vogue Paris, 25.000 sont diffusés hors de France “, rappelle Didier Suberbielle, président de Condé Nast France. Et, l’on sait que Vogue Paris exerce, par exemple, plus d’influence au Japon que l’édition locale.

Même si l’Australie avait lancé son édition en 1959, c’est depuis les années 1980/ 1990 que le titre phare de Condé Nast a vraiment accéléré son expansion. Vogue publie aujourd’hui 15 éditions, étant aussi présent au Brésil ( depuis 1975), en Allemagne (1979), en Espagne (1988) , en Corée (1996), à Taïwan (1996), en Russsie (1998), au Japon (1999), en Amérique Latine (1999), en Grêce (2000) et au Portugal (2002).

Lancée en 1939 aux Etats-Unis, l’expansion de Glamour dans les pays européens a débuté en 1992 via l’Italie. A ce jour, Glamour publie 10 éditions, étant présent en Amérique latine (depuis 1998) en Grande-Bretagne, Allemagne, Grèce (2001), en Espagne (2002), en Pologne (2003), et en France, Hongrie et Russie (2004).

Le lancement de AD remonte à 1920 mais le titre n’est entré dans le giron de Condé Nast, que depuis les années 1970. AD est parti à la conquête de l’Europe par l’Italie en 1980. En France, après quelques péripéties, il a été relancé en 2000. Il est également présent en Allemagne (depuis 1997), en Amérique Latine (2000) et en Russie (2002).

Chaque titre a son équipe commerciale ; il n’existe ni régie commune, ni couplage. ” Soit le magazine est incontournable et l’annonceur y passe de toute façon sa publicité, soit il n’est pas important et l’annonceur n’ira que pour profiter de remises de couplage et dans ce cas, le titre fort paiera pour le titre faible “, légitime Didier Suberbielle. Les agences médias qui désirent faire une campagne dans plusieurs titres passent donc leurs ordres, titre par titre. En face d’une réelle demande internationale un pays leader prend le ” deal ” et effectue une cotation, en demandant leurs tarifs à chaque édition concernée. C’est ainsi qu’on a pu voir une opération internationale pour le syndicat de la Fourrure. Opération, soit dit en passant pour laquelle le Vogue France et le Vogue Italie avaient été mis en compétition sur la proposition créative et budgétaire.

Emap

Le titre le plus mondial est le mensuel masculin FHM (30 éditions)*. Né en Grande-Bretagne, il a été racheté par Emap UK en 1994 et lancé en France en 1999. Publié en propre en France, GB et USA, il est sous format de licence dans tous les autres pays. Dernier lancement : en Espagne, il y a 4 mois.

” Sur plus de 200 magazines édités par Emap, cinq ont un potentiel d’internationalisation “, affirme Arnaud de Puyfontaine, Pdg d’Emap France résumant les conditions nécessaires : ” un potentiel d’accompagnement publicitaire avec des intérêts pour des cibles qui parlent aux annonceurs internationaux “, d’une part et ” un concept éditorial qui donne accès à une information que le titre peut aller plus facilement chercher parce qu’il fait partie d’un réseau “, d’autre part.

Les autres marques internationales sont déjà connues : Top Santé (présent aussi en Hollande, Turquie, Portugal et Angleterre), Auto Bild (Auto + en France, en joint-venture à 50/50 avec Axel Springer), Biba (dont l’édition chinoise date de quelques mois et pour lesquels des tests sont prévus sur les marchés portugais, italien et anglais) et le magazine automobile Addx (pour lequel tout reste à faire.

Sur le plan publicitaire, il n’y existe pas de structure internationale : ” tout se passe entre la France et l’Angleterre “, assure A. de Puyfontaine, qui avoue ” avoir été très actif auprès des marques françaises ” sur le lancement en Angleterre sur la base d’un accord de licence Emap/Mondadori de l’hebdo haut de gamme féminin ” fashion ” : Grazia.

* Royaume Uni, Australie, Singapour, Malaisie, Taïwan, Philippines, Pays Bas, Turquie, France, Hongrie, Roumanie, Afrique du Sud, Etats-Unis, Allemagne, Espagne, Chine, Norvège, Danemark, Russie…

Hachette Filipacchi Media

Elle bat tous les records au sein de HFM avec ses 37 éditions, qui deviendront 40 au premier semestre 2005, après des lancements en Slovénie, Serbie et Bulgarie. Né en 1945, le féminin (hebdo en France, bimensuel en Suisse et mensuel partout ailleurs) a lancé sa première édition internationale en 1983 -1985 aux Etats-Unis (cf interview de Gérald de Rocquemaurel). Elle illustre parfaitement en presse le ” Think global, act global ” des grands réseaux publicitaires. Ainsi sur les 87 000 pages éditoriales publiées en 2004, 16 500 ont été échangées entre les différentes éditions.

Second en nombre d’éditions, Elle Déco dispose de 20 éditions. Viennent ensuite Car & driver (15 éditions), Première (10 éditions * ), Elle Girl (8 éditions à part entière plus deux en supplément de Elle, en cours de test au Japon et en France) et Marie-Claire (6 éditions du côté Hachette Filipacchi Media dans des joint-ventures avec des éditeurs locaux).

Bref, quand un produit marche bien, la tendance est de le dupliquer ailleurs. Ainsi Red et son concept beauté, mode ayant séduit l’Angleterre, HFM l’a lancé en Hollande et le publiera bientôt aux Etats-Unis.

Ainsi, l’accord passé avec Jean-Louis Servan-Schreiber pour implanter Psychologies Magazine à l’étranger a démarré par le marché italien en octobre dernier et va être lancé ces jours-ci (fin janvier) en Espagne. Au programme : le respect de l’esprit du magazine mère, des valeurs communes entre les éditions, mais une adaptation locale. Concrètement, l’édition internationale lancée par Hachette se fait entre les équipes locales (avec un journaliste décentralisé) et Arnaud de St Simon, DG de Psychologies, qui est le garant de la marque. Le principe a été établi sur Elle, avec une structure en France dirigée par Alain Deroche, directeur des éditions internationales, qui fait à la fois la coordination éditoriale et la surveillance de la marque. ” Cet aspect contrôle ne s’effectue pas seulement à posteriori “, explique-t-il. ” Il est très important de réaffirmer que les rédactions sont autonomes et que nous travaillons avec elles en amont, pour les aider “. Exemple : quand une nouvelle édition est lancée, quand les équipes changent, tout le monde monte à Paris pour rencontrer les équipes du Elle France et s’imprimer de l’esprit du magazine. Bref, l’heure est de plus en plus au dialogue ” Nous communiquons sur les couvertures, nous informons en temps réél “, ajoute A. Deroche. ” Nous lançons aussi de plus en plus de co-productions engageant plusieurs pays “. Outre les séminaires internationaux destinés à diffuser la culturelle Elle, le magazine a également mis en place une importante base de données où peuvent venir piocher les différentes éditions ; ce qui nécessite une gestion attentive des droits complémentaires à payer pour les sujets et l’iconographie. Cela n’étonnera personne, les éditions françaises, italiennes, anglaises et américaines sont celles qui fournissent le plus de contenu.

A noter, en 2003, les résultats d’une grande étude menée conjointement sur les 35 pays où le magazine était alors édité a servi d’outil éditorial pour adapter le contenu des différentes éditions en fonction des attitudes et des attentes des femmes. A savoir : en dehors de France, la lectrice est sensiblement plus jeune, et les magazines sont davantage positionnés sur la mode.

Côté pub, internationalisation rime avec intégration. Une structure a été créée, à la fin des années 80, sous le nom d’IGA (Interdeco Global Advertising) pour exporter le concept de la régie et commercialiser dans le monde tous les titres de HFM et de ses partenaires (plus de 200 magazines) en extra-local. C’est donc IGA qui vend, par exemple à l’Oréal le Elle Russie ; le marché russe étant acheté de France. C’est aussi IGA qui commercialise le réseau Maxim (11 éditions au total, sous le nom de Maximal en France). IGA dispose d’un département des opérations spéciales internationales, qui monte des opérations clé en mains . Les plus importantes ont été réunies dans une plaquette publicitaire. Au hasard : six pages de publi-informations pour Piaget dans le Elle allemand, français, japonais, russe, taiwanais et hollandais, des publi-informations à la fois dans Elle et Maxim pour Vodafone live en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, en Italie et en Espagne, mais aussi des numéros publicitaires faits à la demande d’annonceurs (20 pages de guides beauté pour Dior dans 7 éditions de Elle) …

En matières d’études, Interdeco Expert, dispose de Magtrak, une pige publicitaire internationale faite par TNS Sofrès sur la presse féminine haut de gamme (200 magazines sur 40 pays), qui pige Elle, Marie Claire et leur univers de concurrence restreint (réseaux + titres locaux un peu phare).

* Première change de nom en Espagne, devenant Fotogramas et en Pologne (Film)

Les éditions Jalou

Le magazine L’Officiel, est de l’avis d’Olivier Jungers, directeur général du groupe, ” la marque la plus facilement internationalisable des Editions Jalou ” L’Officiel est présent, en ayant donné des licences, en Russie, en Ukraine, en Grèce, en Turquie, en Chine, en Inde, cherche de nouveaux partenaires en Corée et se lance sur les numéros de février-mars au Japon et à Dubaï . De son côté, Jalouse, après la fermeture de sa filiale US (au lendemain du 11 septembre 2001) a toujours, via les licences, une édition en Russie et une en Ukraine. Optimum est également exploité dans ces deux pays. Enfin, L’Officiel Hommes (relancé le 25 janvier en France), va également exister avec nos partenaires “, explique O. Jungers. Des partenaires qui ” rééditent le contenu de portée internationale, rajoutent les articles locaux et vendent la publicité en local “. Le DG des éditions Jalou rappelle que groupe a eu très tôt l’intuition qu’il lui fallait être présent à l’international, et qu’il s’est intéressé au marché US en 1954, et à la Chine dès 1973 (en partenariat avec le Ministère de la Reconstruction Industrielle). Après divers changements, la nouvelle carte mondiale des éditions Jalou a commencé à être redessinée, il y a sept ans par une première implantation en Russie, qui a tenu ” du hasard, d’une rencontre avec un bon partenaire (le groupe Ermitage) et d’un bon ” mood “. Le choix des marchés émergents tient à une question de moyens. ” Monter des filiales dans différents pays est au-delà de nos capacités d’investissement ; nous allons là où prendre des parts de marché est encore possible et où il existe un marché pour le luxe et la mode. Pour caricaturer, nous avons envie de développer nos magazines là où s’ouvrent des boutiques Gucci et Vuitton “, précise O. Jungers.

Un intranet permet à chacune des éditions de voir ce qui est produit à l’instant T. Les éditions étrangères achètent une bonne partie de ce que produit la France. A contrario, lorsque l’Officiel traite les restaurants à Moscou, la rubrique n’est pas réalisée de Paris. De plus en plus, le groupe essaie de faire remonter et partager ” des idées d’opérations spéciales ” (Ex : des RP avec le Centre de coordination du diamant).

Groupe Marie Claire

La marque Marie Claire est déclinée dans 25 pays *, en 14 langues sur 5 continents ; le dernier lancement ayant eu lieu en Thaïlande, en mai dernier. Marie Claire Maison est également présent à l’international (en Italie, Corée du sud et Turquie, à Taiwan et aussi en Espagne sous le nom de La Casa de Marie Claire). Lancé en décembre 2004, le 1er numéro de MCM à Taiwan a été tiré à 60.000 ex. La prévision minimale est de deux numéros par an (et de 4 numéros si le marché publicitaire suit). Enfin, le groupe décline aussi à l’international Marie Claire Accessoires. Publié en Italie, à raison de deux numéros par an, le titre a également été lancé en Asie en 2004, à Taiwan (déjà deux numéros ; l’un sur la mode et les accessoires ; l’autre sur les montres et la joaillerie) et à Hong Kong (1er numéro en novembre-décembre dernier). Quatre numéros par an sont prévus sur ces deux marchés.

” A chaque nouvelle édition du féminin, la direction de Marie Claire internationale participe activement à la sélection de l’équipe de rédaction “, précise Laurence Hembert, directrice du développement France et international et directrice déléguée aux éditions internationales. Les trois personnes clé de la rédaction - rédactrice en chef, DA et responsable mode - sont formées à Paris (training intensif d’une semaine) et dans le pays. Les équipes locales ont l’obligation de respecter la grille du magazine français dans la structure, l’ordre des rubriques… Elles utilisent entre 15 et 20% des textes et photos venant d’autres éditions, sachant que celles dont le matériel tourne le plus sont la française, l’italienne (pour la mode), l’anglaise et l’américaine. Exception faite pour Marie Claire USA, chaque projet de sommaire et de couverture est soumis à Paris, qui assure un suivi permanent sur tous les premiers numéros.

Marie Paule Laval, administrateur et directrice commerciale France et international , a créé dès 1986 une régie internationale, dont la directrice est Christine Kamura-Lecomte. En dehors de la pagination internationale des pays qu’il représente, ce département gère les grandes opérations spéciales multi pays. Le groupe souscrit à la pige publicitaire internationale de TNS Sofrès sur la presse féminine haut de gamme (200 magazines sur 40 pays).

Enfin, on ne peut pas parler du groupe Marie-Claire, sans parler de Cosmopolitan, dont il détient la licence en France. Marque américaine du groupe Hearst, Cosmopolitan a été lancée à la fin du XIXème siècle (1886), ce qui en fait l’une des marques les plus anciennes, même si son internationalisation n’a débuté qu’en 1972 en Grande Bretagne. Cosmopolitan publie 53 éditions. Les derniers lancements ont eu lieu en Bulgarie (en avril 2004) et en Serbie (en mai 2004). En France, le magazine a fêté ses 30 ans, fin 2003. Chaque rédaction est indépendante et créé son propre contenu. Dans les cas infimes où elle a repéré un article intéressant dans une autre édition, elle négocie les droits auprès de celle-ci.

* Afrique du sud, Australie, Belgique, Brésil, Chine, Colombie, Corée, Espagne, France, Grèce, Hollande, Hong-Kong, Italie, Japon, Malaisie, Mexique, Pologne, Porto Rico, Royaume-Uni, Russie, Taiwan, Thaïlande, Turquie, USA et Venezuela.

Media Publications

Dominique Bernard, Pdg de Media Publications, vise la Chine où il souhaite diffuser, ” dans le cadre d’un contrat de licence ou de syndication, Mariages, Votre beauté et peut-être la Revue des Vins de France “. Déjà, Mariages a investi la Grèce, la Belgique et la Turquie et Votre beauté est présent en Grèce, en Turquie et en Corée. La RVF, qui est déjà diffusée en Russie sous forme de suppléments 4 fois par an, entamerait avec la Chine sa première édition récurrente hors de France. Pourquoi cette démarche ? ” Les gens qui sont dans le milieu du vin souhaitent à la fois investir et trouver un débouché , répond D. Bernard. Ils ont besoin d’un relais presse pour s’assurer que leur produit sera référencé “. Entre le magazine qui a besoin de publicité pour pouvoir se lancer et les vignerons qui ont besoin d’un support qui soit une préparation du marché, la demande et les intérêts sont concomitants. L’espace sera commercialisé de deux façons : sur place pour les annonceurs locaux et les annonceurs internationaux ; de France pour les négociants français présents en Chine ou désirant le devenir.

Motor Presse

Motor Presse met l’accent sur le développement du tuning. Ainsi, au moment de son rachat à l’éditeur Ixo en juin 2003, Maxi Tuning ne disposait que de deux éditions : en France et en Espagne. Depuis, il a développé des éditions locales ” au Portugal, au Mexique, au Brésil, en Italie et tout récemment en Pologne “, précise Valérie Carreau, directeur marketing de Motor Presse. Jusqu’à présent, le groupe qui détient plusieurs marques déclinées sur l’auto et la moto, dont Auto Motors und Sport (le magazine allemand, leader de la presse automobile en Europe avec de nombreuses éditions internationales ), joue beaucoup l’autonomie des éditions. Pour autant, il existe des échanges de photos, d’informations rédactionnelles, et aussi de données marketing, telle l’étude paneuropéenne Best cars & best bikes, sur l’image de marque des constructeurs. ” Mais s’il peut arriver à l’Allemagne, par exemple, de donner une priorité sur un sujet, parce qu’elle détient un scoop, il n’y aura pas de traduction pure et simple de l’article “, précise Christine David, directrice déléguée de la régie de Motor Presse. Sans service de publicité internationale, Motor Presse fonctionne sur des ententes ponctuelles entre directeurs de publicité des éditions susceptibles de passer l’annonce d’un même annonceur. Il est vrai qu’en dehors des constructeurs japonais qui émettent leurs ordres d’un seul pays et n’ont qu’un seul interlocuteur (qui répercute sur les autres régions, avec une facturation refaite par pays), le besoin ne s’est pas fait sentir jusqu’à présent. Christine David pense toutefois que si évolution il y a, elle se fera via les opérations spéciales, domaine où elle reçoit de plus en plus de demandes.

Prisma Presse

Parmi les 110 magazines (et quotidiens) édités dans dix pays par sa maison-mère Gruner+Jahr, Prisma Presse a importé plusieurs marques internationales sur notre territoire : Capital, Geo, Ca m’intéresse, National Geographic *… Mais Gala est le seul magazine a être parti à la conquête du monde au départ de la France. Lancé en janvier 1993, il est aujourd’hui présent dans cinq pays (France, Allemagne, Pologne, Russie et, depuis septembre dernier, Espagne). Ce ” people féminin ou féminin people “, tel que le définit son éditeur Patrick Cau profite du fait que le people, qui repose en grande partie sur les faits et gestes des stars américaines a déjà l’international inscrit dans son ADN. Pour autant, le dernier séminaire international a conclu que les liens et les flux entre les différentes éditions demandaient à être renforcés : par exemple, il n’y a jamais eu de reportages montés en commun ; ” ce qui pourrait se faire aujourd’hui, car nous nous connaissons tous assez bien pour monter ce type d’opération “, précise P. Cau. En attendant, la France (qui, avec l’Allemagne crée 100% de son magazine) revend quelques sujets mode, beauté et cuisine. Et deux jours avant parution, le Gala français est disponible sur un intranet où il peut être consulté par les autres éditions. Ces échanges seront de toute façon limités, Gruner+Jahr ayant comme profession de foi d’adapter ses magazines à chacun des marchés locaux. Seule exception confirmant la règle : National Geographic dont Gruner+Jahr détient la licence en France, aux Pays-Bas et en Pologne est traduit presque intégralement, à la demande de son éditeur *. Concernant les autres magazines ayant créé une édition française, Capital est également édité en Allemagne et en Espagne ; Géo en Espagne, en Russie et en Allemagne. Quant à Ca M’intéresse, il change (également) de nom, devenant Focus en Pologne et en Italie, Muy Interessante en Espagne, PM en Allemagne et Quest aux Pays-Bas.

Au niveau du groupe, la responsabilité des différents marchés repose sur Axel Ganz, patron de la France et des USA et sur Torsten Klein, membre du directoire de Gruner + Jahr, basé à Hambourg, qui gère tous les autres marchés internationaux en dehors de l’Allemagne.

Côté publicité : chaque pays va chercher ses annonceurs. Les deals globaux sont gérés au cas par cas en mode projet avec une coordination internationale (une structure internationale faisant de la coordination pour les deals globaux a été créée sous la responsabilité de Fabienne Schwalbe, directrice commerciale adjointe en charge du Pôle ” Economie et Découverte ” et de l’international chez Prisma Presse)

* National Geographic a été lancé en France en 1999. Sa licence d’abord détenue par une joint-venture appartenant à 50/50 à Prisma Presse et à l’éditeur espagnol RBA, est désormais gérée à 100% par la filiale française de Gruner+Jahr.

Psychologies

Psychologies décline son concept en Italie depuis octobre 2004 et se lance en Espagne fin janvier. Une adaptation francophone destinée au marché belge, et commercialisée par IP, verra le jour début mars. Et plusieurs autres pays suivront en 2005.

L’internationalisation du magazine est faite en partenariat avec Hachette Filipacchi Médias qui détient 49% du capital de Psychologies Magazine. En Espagne et en Italie, Psychologies a aidé des équipes recrutées par la filiale locale de Hachette, à adapter le magazine au marché local, à le lancer et à le positionner sur le marché publicitaire.

Selection du Reader’s Digest

Lancé en 1922 aux USA, Selection du Reader’s Digest a été l’un des pionniers de l’internationalisation. En France depuis 1947, le magazine développe au total 49 éditions *(en 19 langues) ; la dernière en date, la thaïlandaise, ayant été lancée à l’automne 2003. La prochaine, sera sûrement l’édition chinoise. Chaque nouvelle édition est aidée par la maison mère américaine qui, au fil des ans, à laissé s’exprimer de plus en plus les rédactions locales. Aujourd’hui, il n’y a plus de quotas d’articles à traduire et chaque rédacteur en chef décide du contenu de son magazine. En France, Sélection du Reader’s Digest, qui a été perçu pendant très longtemps comme un journal américain, a grossi le trait en sens inverse. Le magazine réalise 80% de son contenu avec ses 11 journalistes. ” Nous commençons également à devenir une vraie rédaction internationale “, explique Eric Jouan, rédacteur en chef de l’édition française. ” Grâce à la puissance du groupe dans le monde, nous pouvons proposer des idées et des angles d’articles qui vont bien au-delà des frontières “. Chaque pays verse ses meilleurs articles dans un réseau, baptisé ” METS ” (managing editor tracking system) dans lequel chaque rédacteur en chef vient puiser ce qui l’intéresse. Des reportages sont également montés en commun.

Le rachat il y a trois ans, aux USA de la société d’édition Reiman donne aussi des idées de magazines ou de numéros spéciaux. Cette éditeur surfe sur une particularité : le contenu (dans le domaine de la cuisine du jardin, des souvenirs …) est rédigé par les lecteurs eux-même. Selection du Reader’s Digest a déjà repris l’idée pour le numéro spécial réalisé en juin 2004, à l’occasion de la commémoration du 60ème anniversaire du D day.

La publicité paneuropéenne est traitée à Londres. Sur un coup de fil, on peut acheter une seule édition, plusieurs éditions sur une zone, ou toutes les éditions si on le souhaite.

*En Afrique du Sud, Allemagne, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada, Corée, Danemark, Espagne, Finlande, France, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Hong Kong, Hongrie, Inde, Italie, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Russie, Singapour, Slovaquie, Suède, Suisse, Taïwan, Thaïlande …