Anne-Marie Gaultier et le Palmares

Anne-Marie Gaultier Dreyfus Directrice du marketing des Galeries Lafayette
Co-Présidente du 24ème Grand Prix de l’APPM

  • Magazines : C’était la première fois que vous assistiez au Grand Prix de la Presse Magazine et la première fois que vous étiez présidente de jury, qu’en avez-vous pensé ?

Anne-Marie Gaultier Dreyfus : C’était en effet une double première et c’était très intéressant, pour moi, d’assister à un prix où les trois corps de métiers – éditeurs, agences et annonceurs – sont représentés. C’est un format audacieux, qui permet d’avoir une vision complète ; les éditeurs pouvant défendre les couleurs de la presse magazine et de l’adaptation au média, les annonceurs juger de la pertinence de telle ou telle approche et les agences insister sur la créativité et la nouveauté.

  • Quelle est votre première réaction au vu de la présélection et du palmarès ?

Il n’y a pas beaucoup de marques audacieuses pour s’exprimer. Beaucoup de secteurs sont emprisonnés dans leurs codes. Dans la beauté ou le parfum par exemple, on a du mal à sortir du cliché de la jolie femme près du packshot.

  • Quelle était votre campagne préférée ?

J’ai voté pour Petit Bateau, une marque que l’expression print fait évoluer tout en étant toujours concentrée sur son acte fondateur : faire des vêtements pour bébés. Au fur et à mesure des extensions de lignes, Petit Bateau a réussi à couvrir toutes les cibles à travers le média magazine, car il y a toujours un magazine pour cibler les enfants, les juniors, les adultes, les seniors… On voit bien la pertinence du média et du message. D’autant qu’il semble que l’achat d’espace ait été bien fait pour couvrir l’ensemble de la cible. À partir d’une idée extrêmement simple – un couplage de visuels selon les titres – on perçoit bien d’où vient la marque et où elle veut aller. L’expression publicitaire est réussie ; c’est une campagne sensible tout en pudeur et émotion. Visuellement, les annonces ont un côté vrai, les gens sont très expressifs, sublimés. On rentre facilement dans cette campagne, on se l’approprie, car il n’y a pas le frein du mannequin stéréotypé.

  • La principale discussion a porté sur le secteur institutionnel : des campagnes n’ont pas été récompensées, car les jurés ne les ont pas trouvées crédibles.

Je ne vois pas pourquoi les entreprises ne pourraient pas se prononcer sur leurs engagements sociétaux, dès lors qu’elles communiquent sur des vérités. Au contraire, avec le développement durable, elles doivent s’exprimer sur leur politique économique, environnementale et sociétale, car c’est une attente forte des consommateurs. C’est d’autant plus important qu’elles sont très engagées. L’exemple typique est Carrefour, qui peut communiquer sur ses engagements sociétaux sans donner l’impression d’en faire trop, car le distributeur en a fait une réalité depuis des années.

  • Avez-vous un regret ?

Oui, sur Ebay, dont la campagne était très intéressante. C’est un pur player, l’une des plus grandes marques virtuelles, qui éprouve le besoin de s’exprimer de façon plus tangible et plus pérenne dans un média de la vieille économie. Ebay rend hommage au pouvoir d’expression des magazines avec une campagne très pointue, bien ancrée dans la vérité des consommateurs. Qui n’a pas imaginé comment un objet ou un cadeau prendrait place dans son univers personnel ou celui de la personne à laquelle il est destiné ?

  • Cette année, le jury a décidé de ne pas accorder de prix spécial pour la rédaction, n’est-ce pas un comble pour un prix presse ?

Tout simplement, les marques qui auraient pu être récompensées étaient déjà mentionnées comme prix.